Les contemplations au polaroid de Karine Maussière | OAI13 : Culture Photo et société
Les contemplations au polaroid de Karine Maussière

Les contemplations au polaroid de Karine Maussière

21 février 2014 |  by  |  Posts

Le voyage peut se faire aussi de la manière la plus simple qui soit : en marchant. C’est ce mode qu’a choisi l’artiste Karine Maussière pour explorer, dans différentes parties du monde mais aussi en France, le territoire et sa relation à l’homme à travers un travail associant notamment photographie et cartographie. Une démarche singulière et sensible, qu’elle partage avec OAI13 en répondant à nos questions.

Arpenteuse d’espaces naturels et urbains, et de ceux situés entre les deux, Karine Maussière travaille au photophone et au Polaroid. Elle réalise aussi des vidéos et des installations, et tient un blog de « notes visuelles et textuelles ». Enfin, elle propose, sur la base de ses repérages, des « dérives urbaines », promenades ouvertes au public.

Karine Maussière

Littoralités © Karine Maussière

« Après avoir marché seule en montagne, je me suis promis de faire le tour du monde. J’avais 35 ans. Une semaine plus tard, je me perdais dans la jungle du Mexique »

OAI13 : Vous avez choisi la marche comme mode de voyage et de découverte. Pourquoi ?
Karine Maussière : Je me suis familiarisée très tôt avec la route et la marche en montagne, mon père étant féru de haute montagne. Toute petite, il m’emmenait marcher autour de Montpellier et toujours un peu plus loin. Des noms de lieux, de châteaux cathares, de montagnes, résonnent dans ma tête comme autant de contes et légendes du pays racontés autour d’un feu. Nous dormions à la belle étoile entre les landes à buis ou dans une cité en ruine, avec pour seule couverture la voûte céleste. Pour s’endormir, on comptait les étoile filantes comme on compte les moutons.
Plus tard, j’ai voulu retrouver ce souvenir. En 2002, je suis partie 3 jours dans le Mercantour faire quelques images avec un 6×7 et une caméra accrochée à ma cuisse filmant le chemin. Mes nuits, je les ai passées sous un rocher. Durant cette expérience — marcher en montagne seule —, je me souviens, je me suis promis de partir faire le tour du monde. J’avais 35 ans. Une semaine plus tard, je me perdais dans la jungle au Mexique.

Karine Maussière

Littoralités © Karine Maussière

OAI13 : Où vos marches vous mènent-elles ?
K. M. : Il faut partir du tout, il faut partir à pied. A pied et marcher. Car marcher c’est partir à la découverte du paysage, d’un paysage tel que la main de l’homme l’a dessiné. C’est la découverte d’un territoire, d’un environnement, c’est une sensibilisation à l’écologie, une appropriation du patrimoine local, la rencontre de l’Autre, le cœur du pourquoi je suis en vie.

OAI13 : Qu’est-ce que ce mode de déplacement vous a appris ?
K. M. : La marche est une performance sensorielle et physique, elle est une façon d’être réceptif au monde, au paysage : percevoir sa vibration, le réceptionner, nous y accorder. Elle est une utilisation gratuite dans une économie écologique. Elle offre une relation privilégiée au déploiement de la nature, du territoire et de ses transformations, des zones interstitielles aux mutations spatiales. Elle permet une attention aux processus respiratoires et aux va-et-vient mentaux qui nous amènent à ne faire plus qu’un avec la réalité, au paysage, au chemin. Elle est une méditation active.

Karine Maussière

Littoralités © Karine Maussière

« La marche est une méditation active »

OAI13 : Quelle relation établissez-vous entre la marche et votre pratique photographique ?
K. M. : Marcher, c’est être à la fois dans la mobilité, dans l’épreuve du déplacement, dans l’invention du mouvement et simultanément, c’est ouvrir le déplacement à une transmission directe et différée.
Le « devenir-chemin », espace en mouvement, est vécu et révélé par la photographie et, parfois, l’écriture. La quête d’une appropriation du paysage habite ma recherche artistique. Cette appropriation se fait par la photographie mais aussi et surtout par le mouvement du corps. La notion du mouvement est comme un leitmotiv.
J’aime arpenter « Le jardin planétaire » (concept créé par le paysagiste Gilles Clément, selon lequel la Terre est un jardin, clos et arpentable par l’homme, qui doit le ménager. Il associe les notions d’écologie, de diversité et de responsabilité, ndlr) et explorer par les chemins de traverses, découvrir des hétérotopies (localisation physique de l’utopie selon Michel Foucault, ndlr), ces espaces concrets qui hébergent l’imaginaire, les ruines et les friches qui sont autant de terrain de jeu que de cachette, lieux d’histoire passées et lieux « en devenir ».
Lors de mes haltes je suis sensible aux bruissements d’ailes, à la poésie que les maisons émettent : le rideau d’une fenêtre dans un rayon de soleil, des draps froissés, un bouquet de fleurs.
Mes photographies sont couleurs. J’essaie de les construire avec une composition découpant géométriquement l’espace. Mon geste est un instant vécu « on the road ». Elles ne sont pas des mises en scène mais répondent plus à une approche sensible par le pas de l’errance. Il s’agit de voir ce qui fait sens, de retranscrire l’image qui est en train de se faire.

« Mes photographies ne sont pas des mises en scène mais répondent plus à une approche sensible par le pas de l’errance »

OAI13 : Vous avez été en résidence à Istres en juin 2013. Quelle a été votre démarche sur ce projet lié au GR2013 ?
K. M. : Comme un clin d’œil au grand 8 du GR2013, qui passe autour du vide (l’étang de Berre) et du plein (le massif du Garlaban), j’ai souhaité tracer un infini sur Istres. Avec en son centre l’hôtel du Castellan où je logeais, cet infini fait le tour de l’étang de l’Olivier en allant chercher le GR2013 et continue sa route en longeant la mer de Berre jusqu’au Ranquet puis dans la périphérie d’Istres pour un retour au Castellan. L’idée était de passer par les friches, les ruines et les terrains vagues qui entourent Istres. Certains Istréens venus marcher lors d’une promenade urbaine, ont été surpris de se retrouver sur des sites dans lesquels ils n’auraient jamais imaginé de mettre les pieds.

OAI13 : Etes-vous tentée par une autre manière de voyager ?
K. M. : Par le voyage immobile, plus introspectif, intérieur, sur les intérieurs… Il laisse le champ à l’écriture.

Le site internet de Karine Maussière : www.karinemaussiere.com
Son blog : kalucine.blogspot.com

Karine Maussière

Karine Maussière, GR2013 : résidence à Istres, juin 2013

Karine Maussière

Karine Maussière, GR2013 : résidence à Istres, juin 2013

Karine Maussière

Karine Maussière, GR2013 : résidence à Istres, juin 2013

Carole Coen, Journaliste

Carole Coen est journaliste, rédactrice et commissaire d'exposition indépendante. Mail : carole@ourageis13.com

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