LA QUESTION | Que faire quand tout a déjà été fait ? | OAI13 : Culture Photo et société

LA QUESTION | Que faire quand tout a déjà été fait ?

4 février 2014 |  by  |  Au quotidien, Posts, Question

Nous connaissons tous ce sentiment un peu décourageant : « tout a déjà été fait ». Ou bien, dans une exposition que l’on apprécie particulièrement, vient un rabat-joie qui nous dit : « Oui, mais ça, Machin l’a fait il y a vingt ans. » Que faire quand on est un jeune photographe qui veut à son tour œuvrer et pouvoir montrer son travail ? Emparons-nous de notre machette et taillons la route à travers plusieurs options thématiques (aïe, saletés de moustiques).

Considérons deux festivals consacrés à la jeune photographie : Circulation(s), rendez-vous parisien qui inaugurera très prochainement sa quatrième édition, et les Boutographies, rencontres photographiques de Montpellier (première édition en 2001). Pour chacun, nous avons soigneusement épluché les trois dernières éditions afin de dégager des tendances (évidemment non exhaustives). Particularité de ces approches : elles font écho à des pratiques éprouvées dans l’histoire de la photographie, tout en faisant un pas de côté par rapport à ces pratiques.

Le reportage décalé : les Américains l’appellent « le reportage du jour d’après ». Il n’est plus en prise directe sur l’évènement. En le revisitant avec un écart temporel, il restitue à l’évènement une part de sa complexité, un regard décalé. Au terme d’une enquête digne de Sherlock, Dominique Secher a retrouvé la dernière résidence de l’empereur déchu, Bokassa Ier. Il photographie les lieux restés dans leur état d’abandon : splendeur et misère d’une époque révolue, ambiguités de la politique française en Afrique, les traces nous parlent.

Dominique Sécher

Dominique Sécher

La photographie conceptuelle : littérale à travers ce qu’elle montre, elle élabore son discours à travers la somme de ce qu’elle montre. La série de Delphine Burtin intitulée « Disparition » reprend des codes de la photo conceptuelle. De simples déchets présentés comme autant de natures mortes. Mais la subtilité chromatique de chaque image, la disposition de l’objet comme une sculpture donne un poids tout différent à ce qui s’écrit dans cette série.

Delphine Burtin

Delphine Burtin

L’autobiographie familiale : elle plonge dans la petite histoire, en cherche les traces, la rejoue au moyen de la photographie. A Circulation(s) 2013, Susanna Pozzoli exposait « Passé proche », projet consacré à la petite entreprise familiale productrice de jambon. Les photos s’attardent sur des lieux désertés (où l’on retrouve le reportage décalé) et les portraits des ancêtres. L’ensemble se présente dans les tiroirs d’une commode que manipule librement le spectateur, complété par d’autres médiums que la photo (son, vidéo). Une autre tendance forte de cette photographie d’aujourd’hui : on ne se contente pas de montrer des images, il faut les intégrer dans une scénographie.

Susanna Pozzoli

Susanna Pozzoli

La tendance lynchéenne : l’univers étrange et malsain des films de David Lynch exerce une influence profonde. Le regard qu’il porte sur notre quotidien le dramatise et le porte aux limites du fantastique. Entre rituels conjuratoires et contes de fées, les photos de Mylène Blanc (série « Si le loup n’y est pas ») traduisent la subjectivité du regard photographique : le réel est inquiétant, rempli de menaces.

Mylène Blanc

Mylène Blanc

Les enfants de Düsseldorf : la célèbre école photographique de Düsseldorf a été initiée par le couple des Becher (souvenez-vous des ensembles de photos de hauts-fourneaux ou de châteaux d’eau). C’est une photographie frontale, neutre, froide, adoptant toujours le même dispositif de prise de vues. « J’habite une ville fantôme », nous dit Thibaut Derien. Ses photographies nous montrent des devantures de commerces désaffectés, d’un autre temps. La prise de vue s’inscrit dans une tendance Düsseldorf, mais l’ensemble dessine une cité pleine de nostalgie, plus proche de l’univers D’Eugène Atget, grand photographe du Paris disparu.

Thibaut Derien

Thibaut Derien

L’humour : c’est peut-être la grande force de cette jeune photographie. Assumer totalement la veine humoristique et s’en servir pour produire des images. Ainsi le photographe allemand Thomas Herbrich élabore-t-il un canular photographique sur le thème « La vérité sur la conquête lunaire ». Imaginant que les premiers astronautes furent si émus en posant le pied sur la lune qu’ils en oublièrent de prendre des photos, il recrée la fausse prise de vue d’un faux alunissage (!). Dans un grand éclat de rire, on s’interroge intelligemment sur les pouvoirs de l’image photographique.

Thomas Herbrich

Thomas Herbrich

Thomas Herbrich

Thomas Herbrich

Il faut le redire : la liste de ces approches n’est pas exhaustive et il y a bien sûr d’autres tendances dans la jeune photographie. On le voit : les jeunes photographes connaissent les codes de la photographie. Mieux : ils s’en servent pour trouver leur voie, leur propre discours. Leur écriture personnelle.

Bruno Dubreuil, chroniqueur

Bruno Dubreuil enseigne la photographie au centre Verdier (Paris Xe) depuis 2000. Il se pose beaucoup de questions sur la photographie et y répond dans OAI13. Sur twitter : @brunodubreuil2

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