Le streetstyle : quand un phénomène de mode devient un marché | OAI13 : Culture Photo et société

Le streetstyle : quand un phénomène de mode devient un marché

19 janvier 2014 |  by  |  Feature, Posts

editorial

En 2005, les photographes de streetstyle font leur apparition à la sortie des défilés. Moins de 10 ans plus tard, alors que beaucoup pensent que le streetstyle s’essoufle, on retrouve ces photographies dans les agences et les galeries.

Le streetstyle en quelques mots

Le streetstyle est un style photographique qui consiste à capturer des looks dans la rue de façon quasi spontanée. Bill Cunningham, photographe de mode, remplit les pages du New York Times de photographies de mode réalisées ainsi à la volée depuis les années 1960, mais ce n’est qu’au début des années 2000 qu’un engouement démesuré naît pour le steetstyle. Les blogueurs mode se munissent de leurs appareils photo et photographient les prescripteurs de tendances dans un environnement urbain. Aujourd’hui, le phénomène est tel qu’une sortie de défilé peut s’apparenter à l’arrivée de Britney Spears : mouvement de foule et flashes d’appareils photo par centaines.

William J Cunningham, streetstyle

© Bill Cunningham

Quand un phénomène de mode devient un marché lucratif

En mars dernier, l’hebdomadaire l’Express se demandait dans ses colonnes si le streetstyle était en crise. Les blogs mode ont perdu quelques-uns de leurs lecteurs, floués par l’inauthenticité de certains médias. Les jeunes habillés par les marques et les blogueurs se photographiant entre eux ont transformé les sorties de défilés en théâtre comique. « Aujourd’hui, les filles à la sortie des défilés de mode ressemblent à des paons. Elles paradent en faisant la roue, dans leurs robes multicolores, avec
leurs jambes d’araignée en équilibre instable sur des chaussures à semelles aussi compensées qu’un club sandwich », écrit Suzy Menkes dans le supplément du New York Times du 10 février 2013. Pourtant si crise il y a pour les blogueurs, certains acteurs économiques se sont emparés du phénomène pour en faire un argument
commercial.

Les agences photo ont fait du streetstyle une véritable stratégie d’entreprise. L’agence Trunk Archive met ainsi à jour chaque semaine sa collection de clichés. « Le streetstyle est devenu le contenu essentiel de nombreuses plateformes », annoncent-ils sur leur site internet. Ces agences recrutent parmi les blogueurs les plus influents pour constituer leur catalogue. Ainsi, Tommy Ton, auteur du blog Jack&Jil, est distribué par Trunk Archive. Les clients de ces agences ? Les magazines évidemment, mais aussi les blogs de marques à la recherche de personnalités portant leur produits. Le streetstyle, ce style photographique qui était synonyme de spontanéité et pour beaucoup d’amateurisme, est aujourd’hui devenu un produit soumis à des logiques commerciales précises et lucratives, exercé par des photographes professionnels.

Plus surprenant encore, les magazines ne sont pas les seuls à investir dans la photographie de streetstyle : les collectionneurs s’y mettent également. Le photographe Scott Schuman, du blog The Sartorialist, réputé pour être l’un des pionniers du streetstyle (il commence son blog en 2005), a intégré la Danziger galerie, basée à New York. Après avoir fait plusieurs foires, il est entré dans les collections du musée de la photographie de Tokyo et du musée londonien de Victoria et Albert.

Du phénomène de mode à l’objet de collection, le streetstyle n’est pas en crise : il est simplement entré dans les mœurs.

The Sartorialist, streetstyle

© The Sartorialist

Interview avec le photographe Fred Vielcanet

Fred Vielcanet est photographe et journaliste. Il tient le blog de streetstyle Easy Fashion.

OAI13 : Pourquoi faites-vous de la photo de streetstyle ?
Fred Vielcanet : La photographie est mon métier depuis longtemps, et le phénomène des blogs m’a toujours intéressé. J’ai trouvé dans la photo de streetstyle une certaine forme de liberté que je n’avais pas forcément dans mon travail habituel. J’ai aussi choisi la mode parce que c’est un langage universel qui est parlé dans tous les pays du monde et que j’habite l’une des capitales de la mode: Paris. Mais les visiteurs de mon blog viennent du monde entier !

OAI13 : Est-ce que ce style de photographie a toujours du succès, même plusieurs années après l’explosion du phénomène de mode ?
F. V. : Il est clair qu’avec la facilité de mise en œuvre des blogs et de la photo numérique, beaucoup de gens se sont lancés. Le nombre de sites a explosé compte tenu de l’intérêt partagé pour la mode. Cela a d’ailleurs provoqué une certaine dilution du nombre de visiteurs (je crois que l’autre sujet le plus répandu, ce sont les blogs culinaires et Life & Style). Aujourd’hui, il est désormais fréquent de voir des photographes streetstylers se professionnaliser et travailler pour des magazines ou des sites internet de mode. En ce qui me concerne, mon blog m’a ouvert des collaborations avec des magazines ou des sites américains, russes, allemands, italiens, espagnols et coréens. Les rédactrices de mode ont été assez interloquées par l’arrivée de « starlettes blogueuses » pendant les semaines de la mode de Paris, New York ou Milan. C’est aussi les photographes de street qui ont contribué à la notoriété de certains « socialites » (quelqu’un qui passe beaucoup de temps dans des évènements de divertissement, ndlr) de la mode. Le streetstyle, c’est aussi la photo de rue avec des inconnus croisés et photographiés dans les quartiers branchés comme le Marais ou les Halles. Globalement, l’audience des blogs de street est un peu déclinante en raison du nombre énorme de blogs et du déplacement de l’audience sur les réseaux sociaux (Facebook, Pinterest, Twitpic, etc.), où les photos sont reprises de plus en plus souvent de façon anarchique. Il me semble raisonnable de considérer qu’une cinquantaine de blogs dans le monde sont leaders et que moins d’une dizaine font la course en tête, en contacts répétés avec des marques de vêtements et des annonceurs.

OAI13 : Qu’est-ce qu’une bonne photo de streetstyle ?
F. V. : On dit souvent que ce ne sont pas les vêtements, mais la personne qui les porte qui compte. On dit aussi que la mode se démode mais pas le style. C’est un peu vrai, même si ce sont des clichés. Dans le streetstyle, plus que le look, on doit considérer l’allure en général, le mariage des couleurs, la cohérence des formes. Il faut choisir un arrière-plan en rapport et une lumière convenable puisqu’on prend des photos sans éclairage d’appoint et qu’on n’a pas le temps d’installer des réflecteurs. Marier tout cela en quelques minutes, ce n’est pas toujours facile. En général, on cadre un portrait en pied et on fait quelques gros plan (le 85 mm est très souvent utilisé). Mais il n’y a pas véritablement de règles.

Streetstyle par Fred Vielcanet

© Fred Vielcanet,
Easy Fashion
easyfashion.blogspot.fr

Molly Benn, Rédactrice en chef

Molly Benn a co-fondé OAI13 en septembre 2013. Elle est rédactrice en chef du webmagazine. Sur twitter : @MollyLyy

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