Second Life, de l’illusion de liberté à l’aliénation : Robert Hammerstiel | Magazine photo sur Internet : Our age is thirteen

Second Life, de l’illusion de liberté à l’aliénation : Robert Hammerstiel

5 décembre 2013 |  by  |  Feature, Posts

editorial

Robert Hammerstiel est un photographe autrichien. Il s’intéresse aux univers vidéo ludiques dès les années 2000 et a réalisé plusieurs séries dans l’interface populaire Second Life. Capturant des paysages géométriques ou déconstruit, l’artiste étudie le besoin de l’homme de s’évader dans ces univers virtuels.

Second Life, votre vie en mieux

À côté des jeux vidéo, il y a les univers virtuels. Des lieux, en 3D, où il n’y a ni règle du jeu ni objectif de jeu. Ces plateformes sont souvent apparentées à des réseaux sociaux. La première interface à présenter ces caractéristiques, c’est Second Life, développée à partir de 1999 et sortie en 2003 pour le grand public. Les personnes y jouant y adoptent des avatars qui prennent vie dans un monde virtuel. Maître de tout, vous pouvez tout y paramétrer, de votre maison à vos vacances et votre jardin, vos amis, votre décoration intérieure, votre physique, jusqu’aux détails même de la peau de votre avatar. Oui, car l’univers que vous vous créez, il est pour votre avatar, c’est-à-dire votre personnage virtuel. Pour information, le mot « avatar » trouve son origine en Inde et évoque les incarnations sous forme d’animaux ou d’humains : il évoque la renaissance.

Vacances instantanées (Instant Vacations 2007-2010)

Réalisée dans l’univers de Second Life où l’on peut se construire une vie virtuelle avec avatar, maison, argent et amis, « Instant Vacations » présente des captures d’écran de lieux de vie quotidienne, vidés de présence humaine, légendées par des propos tenus par les joueurs sur le « chat » de Second Life. La confrontation entre des espaces en 3D à l’esthétique très rudimentaire et les propos de ces gens qui préfèrent vivre dans une réalité virtuelle est particulièrement choquante. Qu’apportent ces quelques zones de pixels pour qu’on veuille y passer sa vie ? Les captures d’écran amènent de terribles éléments de réponse : le sentiment de sécurité, la liberté totale, l’absence d’obligation.
« J’aime ma vie, ici dans Second Life. Je profite de chaque jour au maximum. Quel monde magnifique ! » — WebLady Kim.

Les paysages en décomposition : Waste Land (2011)

Si on peut construire sa vie telle qu’on l’entend dans Second Life, on peut aussi y construire ses paysages. Robert Hammerstiel s’est donc prêté à cette opportunité en déconstruisant complètement le paysage. Les sapins et palmiers lévitent dans les airs, les blocs d’architecture flottent en pleine mer… Ces paysages, construits par Hammerstiel lui-même, sont à la frontière entre le surréalisme et la photographie de paysage. L’espace déconstruit et le temps en suspension font des images de Robert Hammerstiel une fiction étrange et poétique. Le titre de la série, « Waste Land », est riche de signification de seconde lecture. Waste Land comme la déchetterie, Waste Land comme la décomposition physique et géométrique, Waste Land comme le gâchis de temps et d’argent dans un univers sans but.

De l’illusion de liberté à l’aliénation, la frontière est ténue. Robert Hammerstiel l’explore et la met à l’épreuve dans l’ensemble de son travail, se demandant ce qui, dans le monde réel, pousse tant de gens à se réfugier là où les fleurs et les montagnes sont faites de pixels.

Robert Hammerstiel, Instant Vacation

Robert Hammerstiel, Instant Vacation

Robert Hammerstiel, Waste Land

Robert Hammerstiel, Waste Land

Robert Hammerstiel, Instant Vacation

Robert Hammerstiel, Instant Vacation

Robert Hammerstiel, Instant Vacation

Robert Hammerstiel, Instant Vacation

Robert Hammerstiel, Instant Vacation

Robert Hammerstiel, Instant Vacation

Robert Hammerstiel, Waste Land

Robert Hammerstiel, Waste Land

Robert Hammerstiel, Waste Land

Robert Hammerstiel, Waste Land

Robert Hammerstiel, Waste Land

Robert Hammerstiel, Waste Land

Molly Benn, Rédactrice en chef

Molly Benn a soif d'images depuis bien longtemps. Des études d'histoire à la photographie, il n'y a qu'un pas... que Molly franchit en devenant rédactrice dans un magazine photographique sur internet. Quand elle devient journaliste vidéaste freelance, elle goûte aux joies de l'indépendance et monte le blog "Our Age Is Thirteen" en 2011. Quelques mois plus tard, le projet de magazine naît, une grande aventure commence ! Profil Twitter : @MollyLyy

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